
Il suffit d'un mot, d'une épaule, d'une main pour les accompagner dans leurs batailles quotidiennes.
Trevor, qui gère de manière remarquable les nombreux appels à l'aide de jeunes qui se sont enferrés dans leur mal-être, cherche aujourd'hui à inspirer ceux qui gravitent autour de ces personnes à leur adresser un signe, quel qu'il soit, pour leur montrer qu'eux aussi ont le droit d'être aimés, et le devoir de s'aimer eux-mêmes.

Pour ce fait, l'association a demandé à leur lauréat Héroique de leur accorder une interview via webcam, retransmise en direct sur Youtube (une première!!), sorte de cérémonie d'ouverture des réjouissances où en plus de répondre à des questions le concernant, il n'aurait de cesse de marteler le message sponsor de l'opération, celui qui a pour but de sauver des vies: Talk To Me.
Pendant un peu moins d'une heure, il a donné de sa personne, et n'a pas lésiné sur son sourire, ses phrases à moitié formées, sa réflexion tranquille, son débit de parole à rendre jalouse la DeLorean, son humour de passage, ses histoires personnelles et ses conseils avertis et avisés, pour que son message soit entendu et accepté partout où de l'aide est requise. Sans pour autant prendre une place qui n'était pas la sienne, il a essayé au possible d'offrir des solutions aux problèmes qui lui étaient posés, et de trouver une porte de sortie à présenter aux internautes - une qu'il savait, de sa propre expérience, ne débouchait pas sur une voie sans issue.
Une véritable leçon de vie destinée à revaloriser celle de ceux qui n'en veulent plus.
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L'entretien débute par des salutations de circonstance, un « Hello! » du Canada légèrement enroué, et opère tout d'abord une petite mise à jour carriérale : où en est-il, que fait-il en ce moment? Il enfile chaque matin les vêtements de Wallace depuis mi-août, et se rendra par la suite à Vancouver pour tourner Horns, un film "plus bizarre et sombre" que tout ce qu'il a précédemment fait.
Les vingt secondes promotionnelles terminées, on enchaine sur le sujet du jour: Dan explique nourrir un intérêt pour le Trevor Project depuis quelques années déjà, une passion qui continue de brûler encore aujourd'hui. Il s'est notamment rendu à une de leurs réunions l'année dernière. Voir des gens enthousiasmés, passionnés et enflammés par une telle cause le rassure sur la condition sociale de sa génération, qu'il trouve autrement apathique et manquant clairement de vivacité, principalement sur ces problèmes-là. Par ailleurs, il n'est pas certain que cette injustice soit plus d'actualité aujourd'hui qu'auparavant, car elle a toujours existé, toujours été là, mais on n'y prêtait alors pas grande attention. C'est notre société dévoreuse de technologie qui a fait grossir le problème avec l'arrivée d'internet, des réseaux sociaux. Avec ces outils, le harcèlement prend soudainement une autre dimension: les jeunes sont plus facilement accessibles, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, jamais hors d'atteinte, jamais en sécurité. Une fois que le 'bullying' a appris à se servir de ses nouvelles armes, il était vital pour les jeunes victimes qu'une réaction renforcée, à la hauteur de la situation, soit instaurée.
Malgré ce qu'on pourrait penser, il ne s'est pas retrouvé dans le travail de Trevor en réponse à une quelconque injustice qu'il aurait vécue dans sa propre jeunesse. Seulement, il se trouve dans une situation enviable, utile, où il peut utiliser sa célébrité pour attirer l'attention sur une cause, et même l'aider financièrement. Il n'y avait pas de questions à se poser – il ne pense pas valoir cette réputation qui veut qu'il suscite l'inspiration, mais est plutôt content que certains le pensent quand même. :) Il a simplement toujours été entouré d'homosexuels, aussi loin qu'il s'en souvienne, et c'est sur les bancs de l'école qu'il a eu vent de ces "préjugés bizarres" qui couraient sur cette orientation sexuelle: c'est là que s'est effectué son réveil social. En sursaut, comme sortant d'un bon rêve pour découvrir que la réalité était toute autre.
Depuis qu'il s'est déclaré supporter officiel de la Team Trevor, il a observé avec émerveillement que le nombre de personnes qu'il avait réussi à toucher grandissait de jour en jour. Combien de fois a-t-il été abordé, à la stage door du Al Hirshfeld ou lors des avant-premières de Woman in Black, par des anonymes qui souhaitaient le remercier de son investissement, ou d'avoir attiré leur attention vers l'association? Son expérience la plus gratifiante avec Trevor, c'était ça. Hands down. "Peu importe l'importance du rôle que je joue, il réussit à faire une différence." Il garde ces moments aussi précieusement que sa rencontre avec les bénévoles et employés des centres d'appel à New York et Los Angeles.
Fort de ses engagements, il lui est demandé quelle cause le déciderait à lancer sa propre association (à but non profitable) ... et la réponse lui demande une certaine réflexion! A chaud, il pense qu'elle concernerait le sport ou la littérature. Il a toujours trouvé que les clubs athlétiques pour enfants étaient un outil idéal pour donner aux jeunes le sens de la communauté, et les aider à prendre confiance en eux. Et il tiendrait là la parfaite excuse pour demander à ses joueurs favoris (donc toute l'équipe anglaise de cricket) de venir lui donner un coup de main! Il est moins sûr qu'ils accepteraient, en revanche...
Trevor mis de côté, le vent qui guide l'interview change de sens, et s'engouffre sans ménagement dans sa vie privée: carrière, hobbies, héros favori, brimades à l'école ... you name it. Il n'a de tabou pour personne, et répond avec une honnêteté de magnitude 9.0 sur l'échelle de Radcliffe.
Quel est l'aspect le plus difficile et éprouvant dans le métier d'acteur? Son avis a le mérite d'être très différent de la plupart de ses pairs: pour lui, il s'agit de devoir se battre contre ses propres doutes et son manque d'assurance. Il a souvent abordé le sujet avec d'autres comédiens, et a remarqué au fil du temps que beaucoup d'entre eux étaient assez névrosés (!!) – une combinaison qui existe chez lui, comme chez les autres. Il ressent beaucoup de nervosité quand il pense aux tournages qui l'attendent, et la seule manière qu'il a aujourd'hui trouvée pour ne pas se liquéfier sur place est d'être présent chaque jour, tout en essayant de se débarrasser de toutes les mauvaises pensées et inquiétudes qui viendraient à le narguer. Ne pas penser à ce que fait son visage, ne pas penser à ce qu'il s'est passé lors de la scène précédente. Assez étonnamment, le plus difficile pour lui est de trouver un moyen de baillonner sa timidité et sa gêne. On pourrait penser qu'un adolescent qui a osé se dévoiler corps et âme sur scène, ou un jeune adulte qui a porté un musical sur ses épaules sans savoir esquisser un pas de danse n'aurait peur de rien? Not quite yet. Il cherche encore à atteindre un naturel parfait, et pense être sur le bon chemin depuis environ deux ans.
Pour cela, il a vite compris qu'il aurait besoin de toute l'aide possible, mais qu'il fallait, malgré tout, savoir accepter une défaite sans pour autant baisser les armes. Il lui arrive de se sentir malheureux, et grand adepte de la communication - "a problem shared is a problem halved" - quelques fois en parler à quelqu'un est suffisant pour éclaircir ses idées noires. D'autres fois, il doit vivre avec ses doutes et des soucis qui lui collent à la peau, car il n'a pas réussi à s'injecter le courage nécessaire pour se sentir instantanément mieux. Il insiste sur le fait que ses problèmes doivent sans doute paraître ridicules et luxueux pour la majorité des gens, mais son quotidien est fait ainsi. S'il se sent trop effrayé par la tâche qui l'attend, il en parle à un ami – et c'est dans ces moments-là que la qualité des amitiés autour de soi est réellement mise à l'épreuve. Lorsqu'il avait encore 16 ou 17 ans, il s'est soudainement senti oppressé, essoufflé par l'exigence d'un public qui ne pouvait concevoir qu'une célébrité, riche de surcroit, pouvait elle aussi être victime d'abattement.
"Si vous vous dites : 'J'ai un boulot super, aucun problème d'argent et de belles opportunités devant moi, alors pourquoi ne suis-je pas constamment heureux?' Tout le monde est d'avis que je devrais être tout le temps heureux, et si vous ne l'êtes pas, le fossé entre ce que vous ressentez et ce que les gens pensent que vous devriez ressentir peut être la cause d'énormément d'anxiété. C'est pourquoi je pense qu'il est très utile de ne pas accorder trop importance à la manière dont les gens vous voient, et de réaliser que vous avez droit, vous aussi, à avoir vos propres problèmes."
("If you're sitting there thinking 'Oh, I've got this amazing job and I'm obviously well-off financially from that job, great opportunities ahead of me, so why aren't I happy all the time?' Everyone think I should be happy all the time, and if you're not, suddenly the difference between how you feel and how people think you should feel can actually become a cause for a lot of anxiety. That's why it's definitely very useful to not put too much stock in other people's perception of you and realise that you are allowed to have your own problems.")
Pendant qu'il apprend à avoir bien en main les rênes de son futur, envisage-t-il de passer un jour derrière la caméra - ou à l'arrière des planches – pour réaliser une oeuvre qui lui tiendrait particulièrement à coeur ? "To di-RECT?" répond-il alors que son esprit a déjà dépassé la vitesse du son à la recherche d'une idée. Il sait qu'il a envie d'aller dans ce sens, mais pas forcément au théâtre car ce n'est pas là qu'il a grandi. Il possède déjà une compréhension inhérente à la vie fonctionnelle d'un plateau de cinéma, mais elle n'est pas encore assez pointue pour qu'il tente quoi que ce soit aujourd'hui. Son rêve serait de porter à l'écran quelque chose qu'il a lui-même écrit – car au final, il a beau réfléchir à tous ses films préférés, mais il y a une raison pour laquelle il les aime : ils ont déjà été faits par quelqu'un d'autre! Sa seule option serait d'en faire un remake, et ils seraient forcément en deça des originaux. Il ne lui reste ainsi plus qu'à écrire un scénario original, et il verra à ce moment-là.
"Enfin, avec un peu de chance, je ne veux pas..." D'accord, on ne traitera pas cette partie comme une annonce officielle. :)
Et si alors, dans un univers alternatif où Radcliffe ne serait resté que le nom d'une auteure de roman(ce), Dan n'avait jamais été acteur, où aurait-il trouvé un moyen de canaliser son énergie débordante? Lui poser cette question revient à faire un bond de quinze ans en arrière! Mais si quelqu'un lui pointait un jour un revolver sur la tête en lui ordonnant de quitter l'industrie sous peine de mourir – parce que c'est plus drôle quand on dramatise la situation :D – il aurait choisi d'être archéologue. Il trouverait son bonheur à patauger dans la boue, en jean, à creuser pour découvrir des ossements!
En dehors de son temps de travail, il lui arrive de ne pas savoir quoi faire. Ses six semaines de vacances, entre la fin du tournage d'AYDN et le début de celui de The F Word, l'a vu se transformer en lion en cage. Car oui, son travail EST son violon d'ingre. Travailler est pour lui source d'amusement, autant qu'une sortie au bowling le serait pour d'autres. Il ne sait d'ailleurs jamais quoi faire le week-end, donc il répartit ses journées entre le football et la lecture. Des activités basiques, selon lui! Certes.

En parlant de passion, a-t-il un héros en particulier? Ses yeux s'animent. "Vous voulez-dire, un super-héros?" Pas vraiment, non. Dommage, car il allait dire the Flash, mais maintenant le voilà contraint de réfléchir à une réponse plus pertinente! ^^ Le héros de son enfance, sans surprise, se nomme Tom Lehrer, avec qui il entretient désormais un lien sur internet, depuis l'émission de Graham Norton. Et qui est ce Tom Lehrer, au final? Il s'agit d'un parolier comique américain des années 50, qui a étudié à la Massachusetts Institute of Technology (MIT) et a occupé le poste de mathématicien pendant 60 ans. Dan l'a découvert alors qu'il avait entre 13 et 14 ans, et c'est ce monsieur qui lui a prouvé qu'il n'y avait aucun mal à être intelligent, et encore moins si on faisait preuve d'humour! Il apprécie tout particulièrement ses rimes, et sa vision cynique et sombre du monde qui l'entoure.
Déjà Harry depuis quelques années, Dan avait-il besoin d'un tel héros pour assumer ces traits que nous adorons aujourd'hui, engoncé dans un système scolaire qui ne lui était plus adapté? Possible, car il avoue alors avoir subi quelques intimidations de la part d'élèves des années supérieures et inférieures à la sienne. Avec le recul, il pense qu'ils étaient simplement jaloux car il avait l'occasion de s'échapper de l'école quand il le voulait (c'est ainsi qu'ils voyaient sa situation), et avaient décidé de rendre ses jours de présence difficiles en ... faisant en sorte qu'il sache, tous les jours, qu'ils étaient là. Et c'est là que Dan a du mal à trouver les mots justes pour expliquer, sans chercher à se faire passer pour un martyre, comment était traitée, hors du plateau, la chance de sa vie. Heureusement, ça n'a jamais atteint le stade de la maltraitance. Il ne s'agissait que des bagarres, et elles étaient souvent évitées en les ignorant, ou grâce au soutien d'un petit groupe d'amis qui l'accompagnait dans les couloirs, gardes du corps en couche-culottes. :) Tous les écoliers ont vécu ce genre d'intimidations, sous une forme ou sous une autre, et il ne prétend pas avoir été plus touché que le sont les jeunes américains dont s'occupe le Trevor Project. Mais malheureusement, il n'a aucune solution miracle pour éviter les agressions en milieu scolaire.
Aujourd'hui, il expérimente cependant une autre forme d'irrespect: ces sites qui écrivent des absurdités sur son compte, encore et encore, et s'amusent à déformer sa personnalité. Sa solution : éviter au possible d'entrer en contact avec ce côté du miroir. Il faut simplement se souvenir que les gens écrivent sur internet de manière anonyme, et qu'il est difficile de les empêcher de nuire. Il utilise l'exemple d'e sa lecture d'un article qui parlait de la possibilité que la vitesse de la lumière ait été battue par une particule en Italie, et lorsque son regard avait glissé sur la partie "commentaires", il avait été horrifié de voir que les internautes étaient insolents les uns envers les autres, se disputant sur l'affirmation qu'Einstein était un menteur ... Il va même jusqu'à dire que bien souvent, les discussions sur la toile ne dépassent pas ce niveau alarmant d'intelligence et de jugeotte. Il est bien plus facile d'agresser et de juger les autres quand on se cache derrière un écran, et qu'on sait pertinemment que personne ne viendra se poser en adversaire direct.
Depuis tant de bêtise humaine, quelle est donc sa manière à lui de trouver du réconfort, aussi bien physiquement que moralement? Ecrire. Ecrire. Ecrire. Ecrire. Sans cesse. L'année dernière, il a réalisé à un moment donné qu'il n'était pas heureux, puis qu'il n'avait pas écrit depuis trois mois. La corrélation lui est venue comme une évidence. L'écriture est pour lui un moyen de trier le désordre qui règne en maitre dans ses pensées, et essayer de lui donner un sens. Il trouve aussi une inspiration physique très forte en observant les athlètes s'entrainer, et se blinder le mental à la télévision, mais l'écriture est loin d'être relaxante pour lui! Il ne possède pas de journal intime, mais ce qu'il vit au jour le jour agit directement sur ses écrits du soir, même s'il n'écrit bien souvent que pour lui-même, pour s'amuser.
Pendant une petite minute, on lui demande d'expliquer les différentes étapes pour se rendre utile auprès de Trevor, et il lui faut un instant pour trouver son petit papier... s'en suit une liste en quatre points sur les différentes aides qu'on peut apporter, où il glisse qu'elles sont réservées à ceux qui sont plus doués en technologie que lui, et il finit sur une touche d'humour, expliquant qu'il a failli lire le hashtag de la campagne (#trevortalktome) comme si 'to' et 'me' étaient un même mot... :)
Les moqueries des milliers de spectateurs ont donc été évitées à moitié, vu qu'il raconte de lui-même l'anecdote!
Reprenons le fil du récit: il lui est ensuite demandé quel personnage de roman il adorerait jouer au cinéma. Réponse? Roulements de tambour... Behemoth, of course. Si The Master and Margarita est un jour adapté en film, il voudrait qu'on lui confie le rôle de ce chat noir d'un mètre cinquante, qui est doué de parole, se sert d'un revolver et boit de la vodka. Pourquoi pas en motion capture, après tout? L'animatrice du live chat paraît impressionnée par sa description, et lui lance un "C'est un sacré personnage!" Du tac au tac, il lui répond : "C'est un sacré livre!" :)
Loin d'être un method actor, Dan a une approche remarquablement simple pour jouer un personnage. S'il s'agit d'un film, il a pour habitude de lire le script, encore et encore et encore, et d'essayer de comprendre quel est le but de son personnage dans la scène donnée. En revanche, pour le théâtre, il se discerne de ses pairs, qui apprennent en général leurs répliques pendant les répétitions: il préfère arriver tout en connaissant la pièce sur le bout des doigts, frileux à l'idée de prendre le risque de ne pas s'en souvenir suffisamment bien lors du début du run. Il sait qu'il arrivera un moment où il aura un trou, mais a l'impression de minimiser les chances en les apprenant deux à trois semaines en avance.
A 23 ans, son curriculum vitae a le mérite d'avoir toutes les cases de remplies, attestant d'une polyvalence remarquable pour quelqu'un qui se considère comme sous-doué, surtout si on sait qu'il a été coincé dans une catégorie pendant une décennie entière, et qu'elle attire encore un peu trop les regards, surlignée d'une couleur plus vive que ses autres accomplissements, comme le nez au milieu de la figure... Du théâtre, cinéma, télévision, comédie musicale, narration, éditorial... de quelle expérience est-il le plus fier? Quand on lui a proposé de jouer les guest stars dans un épisode des Simpsons. Obviously. Lorsqu'il a commencé à travailler à Leavesden, il était littéralement obsédé par cette série, et avait toujours pensé qu'y doubler un personnage serait la preuve ultime de sa réussite. Au final, il n'y est pas encore, mais il s'agit sans aucune doute pour lui d'une pierre fondatrice de l'édifice. :)
Autrement, il devra s'en remettre à son jeu de jambes. Il ne s'attendait certainement pas à réussir un pari aussi risqué – se lancer en n'ayant aucune aptitude pour la danse, travailler avec acharnement et a estomaquer le tout Broadway dans les deux numéros de danse les plus acrobatiques du show.
Bien sur, puisqu'il lui était impossible de ne pas le mentionner, rien ne pourra surpasser cet instant, en juillet deux mille onze, où il s'est tenu debout au centre de Trafalgar Square, à adresser ses adieux à sa seconde famille, son instruction, son foyer et cette dizaine de milliers de Potterphiles qui scandaient leurs remerciements, amassés en un unique coeur battant. Lors des précédentes avant-premières, il s'inquiétait toujours de savoir s'il allait réussir à répondre correctement aux interviews et si aucun incident n'allait arriver, mais pour honorer la der des der, il s'était donné la mission d'en profiter, whatever happened. Ca allait être une journée mag(nif)ique ... Méfait accompli.
La conversation à multiples voix prend un virage un peu plus dramatique, quand une internaute lui demande s'il a déjà vécu des moments où il avait l'impression que le monde entier lui tournait le dos. Oui et non - jamais de manière aussi drastique, mais il voit ce qu'elle veut dire. Il insiste sur l'importance du recul dans une telle situation. Si cet abandon est orchestré par les gens qui nous sont le plus proche, il faut se souvenir qu'il existe un monde au delà de ce cercle corrompu, empli de personnes ouvertes, sans malveillance, qui ne s'amusent pas à juger les autres. S'il paraît impossible d'obtenir l'aide, ou l'affection tant voulue, alors le mieux est de savoir faire preuve de courage et de détermination: on finit toujours par trouver son homard.
La réalité veut qu'on doit tous montrer les poings dès qu'on est victime d'irrespect ou d'injustice, dans n'importe quelle situation. Sad, but true. L'idéal est de réussir à se sortir d'une situation complexe comme celle-ci, ou n'importe quel type de maltraitance, sans rajouter de l'huile sur le feu, sans mettre au défi les agresseurs ou leur donner une excuse supplémentaire pour se complaire dans leur idiotie: en gros, laissons-les se ridiculiser aux yeux de tous. "Vous ne pourrez peut-être pas changer leur façon de penser, mais vous pouvez faire en sorte de garder votre humanité intacte en restant fidèle à vous-même, et en vous appuyant sur vos autres relations (famille et amis). Tournez-vous vers eux, établissez le contact, et vous serez surpris de voir le nombre de personnes qui accepteront de vous aider."

Il n'a par ailleurs jamais été témoin d'un quelconque acte de discrimination envers un membre de la communauté LGBTQ, mis à part peut-être ces insultes qui fusaient dans la cour de récré – y compris contre lui. Mais son expérience diffère grandement de ce qui peut être observé aux Etats-Unis – société où les extrêmes s'entrechoquent et se tirent dans les pattes; car il a grandi en Angleterre, pays séculaire où l'élément religieux s'est effacé avec le temps. Il se souvient en revanche très bien d'un ami de ses parents (alors qu'il était encore haut comme trois pommes), homosexuel et séropositif, qui partait en déplacement à l'étranger et leur avait expliqué qu'il appréhendait la réaction et l'exclusion des gens à un point tel qu'il s'était senti obligé de transvaser ses pilules contre le sida dans une innocente boite de vitamines ... cachant à la face du monde cette maladie tout en détruisant son ego en plus de son système immunitaire, en quelque sorte. :( Mais au delà de ce souvenir qui a marqué sa conscience de jeune humanitaire, Dan n'a jamais eu à attester de scènes de violence envers un membre de leur communauté, à son plus grand soulagement.
S'en suit une la question d'une jeune fille qui cherche visiblement à être rassurée. Elle lui explique qu'un de ses meilleurs amis est gay, et qu'elle essaye au possible de l'aider, autant qu'elle peut, en lui assurant son soutien et son amotié indefectibles, jouant le rôle de béquille émotionnelle dès qu'il en a besoin; mais qu'elle désire faire plus encore. Quelles sont ses solutions? Aucune, elle a déjà tout compris. Dan félicite chaleureusement son initiative, lui expliquant qu'elle répond à la perfection à sa priorité numéro un en tant qu'être humain, et qu'il ne faut surtout pas qu'elle sous-estime ce qu'elle fait en pensant que ça n'est pas suffisant: car si tout le monde avait la même attitude, les organisations comme Trevor n'auraient pas lieu d'être.
Il appuie d'ailleurs sur l'importance cruciale de la communication extra-générationnelle dans la lutte constante qui est d'élargir les horizons moraux des humains, et de leur apprendre à conjuguer le verbe 'tolérer' à tous les temps du quotidien. Il intime à tout le monde d'en parler autour de nous, et de profiter de l'occasion pour dispenser une éducation évoluée aux générations qui nous précèdent et nous suivent. Lancer la discussion avec ses parents est un bon début – surtout si l'on considère que leur opinion n'a plus lieu d'être dans le monde moderne. L'utopie absolue verrait notre planète bleue comme une orange, débarrassée de ses entailles et giclures indélébiles, où chaque génération relèverait les erreurs de l'ancienne, effaçant au fur et à mesure toutes formes de ségrégation en -isme qui polluent les relations humaines: racisme, anti-sémistime ... Pour Dan, engager un débat avec nos ainés est un bon début pour tenter d'en faire une réalité. He may be a dreamer ... but he is far from being the only one. :D
L'inventivité des questions choisies atteint un palier supérieur lorsqu'on s'enquiert de savoir ce qu'il apprécie le plus dans une conversation. Réponse proprement fascinante, qui tire sans aucun doute ses ficelles de ses innombrables échanges: il tient en grande estime les gens qui sont véritablement intéressés par ce que leur interlocuteur a à dire. Il arrive quelques fois que dans une discussion, l'autre attende simplement son tour pour parler, réfléchissant à ce qu'il s'apprête à dire sans écouter un traître mot de ce que l'on dit.
"Une bonne conversation nous permet de rire, ou de réfléchir."
Une heure s'est écoulée... si vite.
Participer, d'accord. Mais pourquoi ça? Parce que vous n'avez pas idée de la différence que vous allez faire. C'est un geste d'une puissance remarquable.
"When you're talking to a friend, don't listen to the differences in each other's stories, listen to the similarities. Identifying on an emotional level with another human being is one of the most powerful, comforting, healing things in the world, and it makes someone know, not only that they are not alone, but that there will one day be a solution or an end to their problems.


















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