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La pièce de théâtre toute entière est orchestrée pour que les scènes convergent vers un moment précis : le point culminant de la haine et de l'amour, de la passion et de la destruction. De la tension à l'abandon.
La terreur transformée en crime.
Cette scène prend place vers la fin de la pièce, et transpire le tragique.
Le public était près de perdre tout souffle et raison.
Jill a emmené Alan dans l'étable pour consommer le fruit de leur passion naissante, et il ne se sent pas à son aise. Les chevaux le surveillent... Elle l'a pris par la main et ils se sont assis sur un banc.
Elle l'embrasse à nouveau, et il répond avec timidité, lorsqu'un bruit de sabot le fait sursauter. Il tend son oreille pour essayer de capter le bruit... elle lui touche la main, son regard se retourne vers elle. Il l'embrasse avec spontanéité, voulant goûter à ce que sa mère lui a toujours interdit.
Un hennissement, et Alan se rejette en arrière. Il se sent épié, jugé. Mais fait tout pour le cacher, perdu entre son désir d'être avec Jill et sa terreur à l'idée d'être puni. Indécis.
Elle lui demande de retirer son haut. Il refuse, avant qu'elle n'offre de faire la même chose. Il s'exécute alors... Son jean et ses chaussures... ses chaussettes.. Pour finir par son boxer blanc, posé délicatement à ses côtés. Dan et Joanna calquaient leurs mouvements l'un sur l'autre, les habits tombaient en synchronisation. Leur regard était fixe, confiant. Pas une once de peur. Et enfin, ils se tiennent face à l'autre, dans l'habit le plus simple. Et la salive déserte la bouche.
Dan et Joanna sont deux oeuvres d'art.
Alan : Tu es, tu es très...
Jill : Toi aussi. Viens par là.
Ils s'approchent l'un de l'autre, et leurs lèvres se rejoignent. Un long moment, les yeux écarquillés ne quittent les deux magnifiques jeunes gens qui se donnent à l'autre sur scène.
Le baiser se brise.
Alan : Elle a posé sa bouche sur la mienne. C'était fabuleux. (petit gémissement) Oh, c'était fabuleux !
Il la prend par la main et l'allonge sur un des blocs. Elle fait dos au public, et il est allongé sur elle... son regard enflammé dirigé vers le fond de la salle. Leur position, vue de la salle, était assez osée, mais en réalité, ils étaient loin l'un de l'autre. Ne se touchaient pas. Il pose sa jambe entre celles de Jill, ses bras fermement appuyés de part et d'autre de ses épaules, sur le bloc.
Dysart : Que s'est-il passé ensuite, Alan ?
Alan : Je l'ai mis en elle !
La brutalité du ton de Dan est à donner des frissons. La folie étincelait dans ses yeux. Et ses hanches qui, gentiment, faisait un mouvement de va et viens. Il dégageait un charisme incroyable.
Dysart : Oui ?
Alan : Je l'ai mis en elle.
Dysart : Vraiment ?
Alan : Oui !
Dysart : Etait-ce simple ?
Alan : Oui !
Dysart : Décris-moi.
Alan : Je vous l'ai dit.
Dysart : Plus précisément.
Alan : Je l'ai mis en elle !
Dysart : Vraiment ?
Alan : Jusqu'au fond !
Dysart : Vraiment, Alan ?
Alan : Jusqu'au fond. Je l'ai enfoncé, je l'ai mis jusqu'au bout.
Dysart : Vraiment ?
Alan : Oui !
Dysart : Vraiment ?
Alan : Oui !... Oui !
Dysart : Dis-moi la vérité ! Vraiment ? Honnêtement ?
Le petit jeu de Dysart, qui pousse Alan encore plus loin dans son mensonge, ennuyait Alan, et la colère gagnait la voix de Dan jusqu'à l'explosion finale :
Alan : Allez vous faire foutre !
Il retombe en arrière, dépité. C'est un mensonge. Il n'y arrivait pas.
Dysart : Que s'est-il passé ? Tu ne pouvais pas ? Même si tu le voulais ?
Le désespoir dans la voix de Dan vrillait dans l'air de la salle.
Alan : Je ne pouvais pas la voir...
Dysart : Comment ça ?
Alan : Seulement Lui. A chaque fois que je l'embrassais... il se mettait en travers de mon chemin.
Dysart : Qui ?
Alan : Oh, vous savez qui ! Lorsque je la touchais, je le sentais Lui... Sous moi... Son côté, attendant ma caresse, son flanc... Je l'ai refusé. Je la regardais, elle, et ne pouvais pas le faire ! Lorsque je fermais les yeux, je le voyais tout de suite. Les veines sur son ventre... Je ne pouvais pas voir sa chair à elle ! Je voulais l'écume de son cou. Sa peau moite... Pas de la chair. De la peau de cheval ! Et puis je ne pouvais pas l'embrasser.
Jill s'assoie, inquiète et perturbée.
Jill : Que se passe-t-il, Alan ?
Alan repousse sa main, et elle essaie désespérément de l'atteindre.
Alan : Non ! Arrête !
Jill : C'est normal, ne t'inquiète pas, ça arrive à tout le monde, honnêtement... Il n'y a rien de mal. Je m'en fiche, tu sais, je m'en fiche. Alan, regarde-moi, Alan. Alan ?
Et là, Dan était devenu fou. Il brillait d'un mélange de démence, de terreur, de colère. Alan avait englouti l'acteur, tout avait changé chez lui, ce n'était plus ses lèvres qui se tordaient ainsi, plus ses mains qui se crispaient nerveusement, plus ses gestes que la violence habitait... plus sa voix, déformée, altérée.
Alan : Vas-t-en !
Jill : Quoi ?
Alan : Vas-t-en !
Jill : Il n'y a rien de mal, crois-moi, c'est très commun !
Il ramasse le pieu invisible... et la menace avec.
Alan : Vas-t-en ! Vas-t-en !
Jill : Pose ça !
Alan : Laisse-moi tranquille !
Jill : Pose ça, Alan. C'est très dangereux. Allez, s'il te plait, pose-le.
Son ton fait écho d'une menace terrible.
Alan : Si tu racontes ça à qui que ce soit...
Jill : Qui crois-tu que je suis ? Je suis ton amie, Alan...
Alan : (jamais je ne l'avais entendu supplier ainsi) S'il te plait... !
Jill : D'accord, d'accord je m'en vais... Laisse-moi remettre mes habits d'abord.
Alan : Si tu racontes ça à qui que ce soit...
Jill : Oh, arrête ! Je voudrais que tu puisses me croire ! Ce n'est pas important. Mais je ne dirai rien. Tu le sais. Tu sais que je ne dirai rien... Bonne nuit, Alan. J'aurais vraiment aimé...
Il pousse un cri terrible, la menaçant une fois de plus, et elle s'enfuit, terrifiée. Son visage est possédé, distordu. Il reste debout, nu, seul. Au milieu de la scène. Il écoute les bruits autour de lui, apparaît comme effrayé.
Dysart : Quoi ?
Alan : Il était là... A travers la porte. La porte était fermée, mais il était là... ! Il avait tout vu. Je pouvais l'entendre. Il se moquait de moi.
Dysart : Se moquait ?
Alan : Se moquait !
Un silence troublant tombe sur la scène, la musique s'élève légèrement et Dan devient fou.
Alan : Mon ami... Equus le Bon. Pardonne-moi ! Ce n'était pas moi, pas vraiment moi. Moi ! Pardonne-mo., je t'en supplie ! Accepte-moi à nouveau...
Il s'agenouille au milieu de la scène, ses cris se répercutant à travers ses plaintes, ses suppliques. Les sanglots déchirent sa gorge. Désespoir intense de celui qui se sait condamné mais implore tout de même la pitié.
Alan : Je ne le ferai plus jamais, je le jure. Je t'en supplie... !
Dysart : Et Lui ? Que dit-Il ?
Alan : Mien ! Tu es mien et je suis tien ! Puis je vois ses yeux. Ils roulent !
Nugget avance vers lui, tout doucement.
Alan : Je te vois, Alan ! Je te vois. Toujours ! Partout ! A jamais !
Dysart : Je te verrai si tu embrasses quelqu'un ?
Alan : Oui !
Dysart : Je te verrai si tu t'allonges près de quelqu'un ?
Alan : Oui !
Dysart : Et tu perdras ! A jamais, tu perdras ! Tu ME verras et tu PERDRAS !
Alan se recroqueville, il s'agrippe lui-même, plongé dans sa douleur morale comme physique. Les autres chevaux rejoignent Nugget autour d'Alan. Ils paraissent furieux.
Dysart : Ton Seigneur est jaloux. Il te voit. Il te voit à jamais, Alan. Il te voit ! Il te voit !
La voix de Dan, plus posée, comme apaisée, retentit alors. Elle explose dans la salle. Son calme, sa résolution prend aux tripes. Il se lève doucement, comme un animal dangereux. Il est gracieux, puissant.
Alan : Plus jamais. Plus jamais, Equus.
Il s'approche doucement de Nugget, le pieu à la main. La folie danse dans ses yeux écarquillés.
Alan : Equus... Mon noble Equus... Fidèle et Vrai... Mon esclave-Dieu... Tu-Ne-Verras-Plus-Rien !
Et là, avec que la musique terrible envahit la salle toute entière, que le public est envoûté, Dan se met en action et saute pour poignarder les deux yeux du cheval. Chaque ½il brillait d'une lueur rouge, maléfique. Ils le jugent, le méprisent, sans pitié. Il combat le mal par le mal. Il perd la notion de ce qu'il fait, et se croit en proie à un terrible cauchemar.
Toujours nu, il saute de blocs en blocs, courant, hurlant sa rage et crachant sa haine, ses gestes ahurissants de violence. Il fait des bonds extraordinaires pour sa petite taille, aveuglant un à un tous les chevaux...
Un danseur dans toute sa splendeur. Il nourrit son corps de colère qui lui font jouer un étrange ballet macabre.
Les mots ne sont pas assez forts pour décrire les battements du c½ur qui s'accélèrent alors qu'on sent la respiration se bloquer et les larmes venir aux yeux. Il était possédé. Il capturait à lui seul la vulnérabilité brute d'Alan et sa colère dévastatrice...
Ses yeux n'étaient pas assez grands pour contenir toutes les émotions qui se bousculaient en lui. Il avait ensorcelé toute la salle. Il étincelait de talent.
Alan : Trouve-moi ! Trouve-moi ! TUE-MOI ! TUE-MOI !!!!!
Les bruits s'arrêtent, et Alan continue de hurler, hystérique. Il tombe sur le sol, voulant s'aveugler lui-même.
Dysart arrive alors et prend Alan dans ses bras, lui chuchotant à l'oreille, essayant de le calmer. Il pose une couverture sur lui. Alan est pris de convulsions sur le sol, mais Dysart le tient tout contre lui. Il sanglote, sans pouvoir s'arrêter.
Dysart : Voilà, chut, chut... Calme-toi... Repose-toi. Respire doucement. Inspire, expire. Inspire, expire. C'est bien... Inspire, expire. Expire, expire.
La respiration de Dan venait par hoquets, mais il finit par se calmer.
Alors que Dysart se lève pour faire son dernier speech, je ne pouvais que regarder Dan.
Il venait d'ouvrir son torse, et de donner son coeur, ses entrailles.
Il restait là, à frissonner, encore sous le choc de la scène qu'il venait de faire. De vivre jusque dans ses veines. Après la chaleur qu'il venait de dégager, il devait avoir terriblement froid, et ce n'était pas la fine couverture bleue qui allait le réchauffer ! Alors que la pièce de termine, et que la salle explose en applaudissements, Richard le rejoint, l'aide à se relever, tout en gardant la couverture autour de lui, et Dan guide son aîné vers les coulisses. Un bras autour de sa taille.
Ce soir encore... ils ont conquis le public.
Et la preuve viendra lorsqu'ils viendront saluer et que les gens se lèveront, frappant dans leurs mains à s'en blanchir les paumes, sifflets et acclamations. Dan enlèvera alors son masque, et son regard dur redeviendra tout aussi étonné et sincère qu'il l'est habituellement. Il nous donnera ce sourire merveilleusement timide, se renfonçant un peu en lui-même. Intimidé par ces gens qui acclament son travail de longue haleine ? Obligé de se tenir à Richard, épuisé, pour ne pas tomber. Essayant de capter chaque regard. Le mot « Thank you » s'échappant plusieurs fois de ses lèvres, inaudible dans le vacarme des applaudissements. Un simple jean et le visage éclairé par une joie des plus réelles. Il n'arrivera presque plus à marcher tant l'émotion l'aura submergé.
La lumière retombera sur une dernière vision de lui, le dos voûté, les yeux étincelants, rejoindre ses pairs dans les coulisses. Près pour une nuit de sommeil hautement méritée.
Un nouveau pari de gagné.
Et il l'a fait 122 fois. Hats off, mister Dan.










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